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 Sacré Keke

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Greg Gouilly
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MessageSujet: Sacré Keke   Mer 11 Mar - 11:28

C’était en février 1986 à Rio de Janeiro, sur le circuit de Jacarepagua. A cette époque, les essais privés n’existaient pas vraiment, sauf pour Ferrari sur la piste de Fiorano, et les grandes équipes s’offraient plutôt deux à trois bonnes semaines de tests préliminaires à Rio, par très forte chaleur (essentielle pour mesurer les moteurs, le refroidissement des machines et la longévité des pneus), ceci avant le Grand Prix du Brésil lui-même qui allait se dérouler à la mi-mars. Cette année-là, McLaren participait donc aux préliminaires avec Alain Prost, son champion du monde depuis l’an passé, et Keke Rosberg, qui remplaçait Niki Lauda.

Mais Rosberg n’était plus tout à fait le “Keke” que nous avions tous connu en F2 puis à ses débuts en F1 en 1978. Non, c’était Keke superstar, champion du monde 1982, et vainqueur de Grands Prix qui avaient fait date dans les annales : Monaco 83, Dallas 84, Detroit et Adelaïde 85. Un Keke qui parlait fort, qui affectionnait les voitures voyantes, les Ray Ban, les gourmettes et les tours de cou en or massif. Un Keke qui en étalait, devant un Prost qui disait peu de choses et préférait raser les murs.

Le transfert d’un pareil lascar faisait du bruit dans le Landerneau de la F1, au point que Prost nous disait : “Sans doute qu’en qualifications il sera plus rapide que moi, mais en course, je connais bien la McLaren, je devrais pouvoir m’en débrouiller”. Et nous en étions là, sous le soleil de Rio lorsque Keke fut invité à prendre en mains une McLaren pour la première fois.

Je dois rappeler qu’à cette époque Ron était le patron de l’équipe, mais, presqu’aussi puissant que lui, il y avait le directeur technique de l’équipe, John Barnard, célèbre pour ses châssis en carbone et les directives qu’il donnait à ses motoristes. Barnard n’était pas un garçon commode, sa petite voix métallique et ses yeux bleus perçants avaient tendance à vous glacer. Chez McLaren, il faisait régner le succès, mais l’ordre également. Et aucun pilote ni aucun ingénieur du team ne paraissait pouvoir s’élever contre lui.

Dans la matinée, Alain Prost avait gentiment démarré les essais et mis la voiture au point avant que Keke ne soit invité à s’y installer, ce qu’il fit aussitôt après que Prost ait mis pied à terre. Il était donc dans le cockpit, pas harnaché, et pas casqué.

Je laisse maintenant parler Johnny Rives qui était juste à côté de la McLaren : “Barnard s’est accroupi près de la voiture et s’est adressé à Keke, de sa petite voix. “Tu démarres, tu fais juste un tour, tu t’arrêtes et on commence l’aménagement de ton cockpit pour voir s’il te convient”. Keke avait l’air d’écouter, mais en réalité, il n’écoutait pas du tout, il levait les yeux au ciel comme si ce que ce pauvre Barnard disait ne le concernait en rien. Dans le genre, bon, c’est moi le champion du monde et c’est moi qui conduis. Pour un peu, il aurait siffloté”, souligne Johnny.

Casque, harnais serré, moteur et la McLaren s’ébroua. Rio était un circuit assez simple à mémoriser : une série de virages dans la partie droite, une très longue ligne droite longeant une gigantesque tribune dans la partie opposée du circuit mais très visible depuis les stands, un gauche et les virages du retour dans la partie gauche. La McLaren est dans ligne droite, elle attaque la partie gauche et elle va rentrer aux stands.

Mais pas du tout. Au lieu d’entrer dans la voie des stands et pour bien montrer qu’il n’était pas du bois dont on fait les flûtes, Rosberg s’empressa de remettre toute la gomme et attaqua un 2e tour. En désobeissant ouvertement à Barnard. Mon ami Johnny Rives observe la scène, interrogateur, Ron Dennis amorce un sourire un peu coincé, Barnard, méprisant, s’en va au fond du stand. Et pendant ce temps-là, Rosberg est en plein dans son 2e tour. A un rythme soutenu.

Si soutenu, qu’on le voit là-bas, à fond dans la ligne droite que la McLaren avale, plein badin. Le moteur Porsche rugit… Lorsque soudain, un immense champiognon de poussière s’élève, le moteur se tait, le grand silence. Keke a manqué le freinage du gauche, et il est sorti de la piste.

Attention, pas n’importe quelle sortie de piste : non ! Un vrai carton. Le Finlandais a détruit la McLaren, purement et simplement. Je dirais même, en faisant référence à Dubout, le célèbre caricaturiste, qu’il s’en revint à pied vers les stands, avec, seul éléments encore utilisable à tirer de l’épave, le volant qu’il tenait à la main. Fin des essais, fin de la séance d’essais à Rio de Janeiro car il n’y avait qu’un seul châssis. Malgré la chaleur, il faisait glacé dans le stand McLaren. Et John Barnard n’adressa plus jamais la parole à Rosberg.

Merci JLM
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